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Yémen - Région de Saada (Sa'dah) - Le Souk Al Thal, le plus grand souk d'Arme du Yémen.

par Yves MAILLIERE 2 Janvier 2011, 19:07 YEMEN

Souk Al Thal 08 Enfant Cheikh 05 Souk Al Thal 20 Cheikh Nasser 06 Gardes Tribus 01

 

 

YEMEN – Région de SAADA

 

Au cœur du Souk AL THAL,

 

Le plus grand souk d’armes du Yémen.

 

Souk Al Thal 21

Arrivée au Souk Al Thal...

 

Premier petit-déjeuner au sein de la tribu Al Thal…

Je me réveille à l’aube, pile à l’heure pour mon premier petit déjeuner au palais du Cheikh Mohamed Hassan Manaa. Deux hommes de maison s’affairent à installer des nattes, de l’eau et du pain, à l’ombre des citronniers. En tant qu’hôte d’honneur, j’ai le privilège de manger accroupis dans le même plateau que le Cheikh et ses enfants. Les hommes d’armes, qui ont dormi pour la plus part à la belle étoile enroulés avec leur kalachnikov dans une couverture, déjeunent fraternellement dans un second plateau, à quelques mètres… Nous sommes au sein de la Tribu Al thal, dans la province relativement peu peuplée de Saada, fief de fières tribus yéménites solidement accrochées à leur indépendance. Une province de guerriers où le pouvoir du gouvernement républicain du Yémen est certes le moins fort. Mais une province sur laquelle s’appuie le Président Saleh pour tenir une frontière avec l’Arabie Saoudite qui n’est pas aujourd’hui totalement démarquée.

 

Souk Al Thal 22 Souk Al Thal 24

Souk Al Thal 23

Arrivée au Souk Al Thal...

 

Le Yémen, ce pays « citoyen » si peu et si mal médiatisé…

Armes, kidnapping, guerre civiles, actes terroristes, que ce pays, grand comme la France, et ses seize millions de bédouins, restent peu et mal médiatisés. Et pourtant ! Le Yémen fit d’abord une brève apparition dans les médias occidentaux au début des années 90, pour annoncer la réunification du Yémen du Nord, soutenue par l’occident, et de la République Démocratique Populaire du Yémen du Sud, « premier et unique état marxiste du monde Arabe ». Cette réunification qui passa à l’époque inaperçue, s’accompagna pourtant d’une expérience exceptionnelle et particulièrement d’actualité dans la Péninsule Arabique : la Démocratie !

 

Souk Al Thal 35 Souk Al Thal 31

Enfants venus faire le plein à la station service du Souk...

 

Deux des articles de la Constitution yéménite adoptée par le peuple lors d’un référendum en mai 1991, anodins pour nous occidentaux, offrent un exemple sans précédent aux pays de cette région du monde :

Article 4 : « Le peuple est le détenteur et la source du pouvoir. Il l'exerce directement par la voie du référendum et des élections générales... »

Article 5 : « Le régime politique de la République repose sur le pluralisme politique et le multipartisme en vue de l'alternance pacifique au pouvoir. »

 

Souk Al Thal 26 Souk Al Thal 29

Scènes du Souk...

 

Au-delà des mots, les taux de participation électoraux au Yémen dépassent régulièrement les 70%, et démontrent le niveau élevé de conscience politique des Yéménites, qui assument pleinement leurs responsabilités nationales. Le Président Ali Abdallâh Saleh, chef du Yémen depuis plus de trente ans, a lui-même été élu démocratiquement. Il s’est vu offrir par la France, très proche du Yémen, une copie de la Marseillaise de Rude, pour son pluralisme politique, son droit de vote accordé aux femmes, et plus globalement ses actions en faveur de la démocratie... Et je pense, compte tenu des évènements qui ébranlent actuellement le monde Arabe, et compte tenu de la structure tribale et démocratique du Yémen, que si le Yémen doit changer de Président, cela se fera naturellement, sauf "intervention extèrieure", par la voie des urnes.

  

Souk Al Thal 32 Souk Al Thal 34

Epicier du souk...  Homme de maison du Cheikh Mohamed croisé au souk faisant les courses... 

 

Les choses se gâtèrent pour le Yémen lors de la première guerre du Golfe. Le Yémen prônant une politique de la nation Arabe, se fit épingler par sa prise de position pro irakienne. Cet engagement, plus politique que militaire, entraîna l’expulsion catastrophique d’un million de yéménites d’Arabie Saoudite et d’autres pays Arabes opposés à l’Irak. Le coût direct de ce rapatriement forcé, conjugué à la perte de devises que rapportaient au pays ces yéménites émigrés, fut estimé par le gouvernement yéménite comme équivalent à quinze budgets nationaux… Autre évènement intéressant et qui passa pourtant inaperçu, la guerre civile éclair qui éclata au début de l’été 94 dans le Sud du Yémen. Ce conflit dont on s’attendait à ce qu’il finisse de déchirer le pays, renforça contre toute attente l’unité des yéménites, lassés par plusieurs décennies de révolutions et conflits en tout genre… Depuis, le Yémen réapparaît régulièrement dans les journaux occidentaux, pour relater pêle-mêle, les kidnappings « folkloriques » d’origine tribale et sans conséquence qui pimentent les séjours de touristes en mal d’aventure. Et beaucoup plus grave et en gros titres, pour rendre compte des méfaits de groupes islamistes manipulés de l’extérieur du pays.

 

Souk Al Thal 36 

 Souk Al Thal 37

Restaurant du Souk... Marché au Qat du Souk Al Thal...

 

Abdelaziz Arrive avec des vêtements yéménites… Pour moi.

Abdelaziz, homme d’affaire et gendre du Cheikh, arrive au cours du petit déjeuner avec une chéchia et une djellaba blanche pliées sous le bras. A ma grande surprise, les vêtements sont pour moi ! Je remercie Abdelaziz et mets les vêtements dans mon sac à bandoulière, mais le yéménite m’arrête aussitôt. « C’est pour t’habiller tout de suite ! » me dit-il, sous le regard amusé du Cheikh… Les bédouins des tribus du Nord sont fiers de leurs traditions, et je peux lire dans le regard de tous, la satisfaction de me voir habillé en tenue locale. Le simple fait de porter ces vêtements yéménites, un déguisement aux yeux d’un occidental, permet de briser la glace entre les gardes et moi. Je suis à présent complètement intégré à la tribu... Enfin presque ! Car Abdelaziz m’annonce que nous partirons à la fin du petit-déjeuner avec quelques gardes et les enfants du Cheikh au souk Al Tahl, afin de compléter ma tenue par l’achat d’un incontournable jambyia.

 

Souk Al Thal 20 

Echoppe de Djambyas...

 

Le Jambiya, l’Objet le plus typique de l’Arabie du Sud,

est un large poignard incurvé qui se porte avec sur le ventre solidement harnaché à une large ceinture brodée. Destiné au rituel plutôt qu’au combat, le jambiya se remet de père en fils et détermine encore aujourd’hui avec la kalachnikov, la position sociale et le prestige du yéménite. Lorsqu’il se déplace à l’étranger pour les affaires de la tribu, Abdelaziz revêt naturellement le costume cravate du businessman occidental. Mais une fois revenu à la tribu, Abdelaziz rendosse aussitôt sa tenue traditionnelle. « Le jambiya, c’est la cravate yéménite » me dit-il sur un ton amusé… Si le Jambiya se porte traditionnellement au milieu du ventre, il est de coutume chez les dignitaires religieux de porter un long jambiya calé le côté.

 

Reportage ecole coranique Yemen Saada 14 Jibla 14

Omniprésence des Armes dans les tribus du Nord, même l'Immam prêche avec sa Klachnikov...  Il est de coutume chez les dignitaires religieux de porter un long jambiya calé le côté...

 

Je remarque que le Jambiya du Cheikh Mohamed est incrusté de pierres précieuses. Le matériau du manche de son jambiya est lui-même différent des autres, d’aspect plus précieux. Lorsque je demande au Cheikh en quelle matière il est, ses jeunes fils me disent avec fierté que le jambiya de leur père vaut plus de vingt mille dollars. Et ils me miment un étrange animal avec une corne sur le nez. Les jambiya les plus précieux, comme celui du Cheikh Mohamed, ont en effet un manche en corne de rhinocéros, particularité qui place malheureusement le Yémen en tête des pays mettant en péril cette espèce en voie de disparition.

 

Souk Al Thal 18

L'artisan qui me confectionne un étui et une ceinture pour mon Djambya...

 

Litige entre Yéménites, Jambiyas confisqués…

Plus loin, sous les auvents du palais, Abdallâh le comptable de la tribu, et Hassan, le frère du Cheikh Mohamed, commencent à se disputer pour une broutille. Le ton monte entre les deux bédouins sans pour autant que cela soit sérieux. Sur un hochement de tête du Cheikh, Abdelaziz quitte notre plateau de petit-déjeuner pour aller les rejoindre. Il leurs prend leurs deux jambiyas, et leurs dit qu’il les confisque jusqu’à ce que leur sujet de discorde soit jugé par le Cheikh Mohamed. Tout le monde éclate de rire, et le Cheikh sourit de se voir remettre les deux poignards par son gendre... Il est de tradition au Yémen, de saisir les jambiyas des hommes en discorde. Cet acte purement symbolique, garanti qu’il n’y aura pas de représailles ou d’actes de vendetta entre eux, jusqu’au jugement de leur litige…

 

Yemenites 40 Yemenites 08

Tous les yéménites du pays, comme ici à Sanaa, arborent fierement leur Djambya.

  

Le Souk Al Thal, le souk d’armes le plus vaste du Yémen…

Situé à quelques kilomètres du palais, le souk Al Tahl est sous la responsabilité du Cheikh Mohamed Hassan Manaa, qui en assure la sécurité avec ses fidèles bédouins, contre un pourcentage du chiffre d’affaire des marchands qu’ils protègent. Du pick-up 4x4 à la TV 16/9ème, tout se vend dans les artères de ce souk hors normes, et principalement des marchandises de contrebande en provenance d’Arabie Saoudite, qui attirent des yéménites des quatre coins du pays. Mais au-delà des produits high-tech et des 4x4 rutilants venant d’Arabie Saoudite, le souk Al Tahl est avant tout réputé pour son souk d’armes, le plus vaste du Yémen, où les Kalachnikovs et les grenades se bradent sur les étalages ou dans les échoppes pour quelques dollars autour d’un Cha’i (thé).

 

Souk Al Thal 01

Nous retrouvons les gardes du Cheikh Mohamed, de faction au Souk Al Thal...

  

Les gardes m’emmènent à la boutique du « fournisseur officiel de jambiya » de la tribu. Les bédouins du Cheikh s’affairent à me choisir un poignard de la meilleure qualité. Les uns scrutent les lames, leurs courbures et leurs profils. D’autres testent leurs tranchants et la pureté de l’acier, par le bruit qu’elles font en tapotant légèrement dessus. Une fois le jambiya unanimement choisi par l’ensemble des gardes, le marchand prend mon tour de taille et me confectionne un étui et une large ceinture sur mesure.

 

Gardes Tribus 06 Gardes Tribus 11 Gardes Tribus 15

Quelques uns des gardes fidèles du Cheikh Mohamed Hassan Manna...

 

Armes et kidnappings au Yémen, réalités spectaculaires mais sans réel danger…

Je me rappelle la première fois que j’ai vu un Jambya « dégainé ». C’était lors d’une séance de stop dans le sud du pays. Nasser au volant et Nagy son jeune frère, retournaient à Harib avec leur cargaison d’oranges achetée dans le Wadi Hadramawt. Nasser, un pistolet à la ceinture, et Nagy, une kalachnikov posée sur le tableau de bord, faisaient partie de la tribu des Jhim près de Ma'rib. Cette tribu farouche s’illustra fortement en Octobre 96, en kidnappant le même diplomate français à Sanaa à deux reprises successives ! Il s’agissait pour la tribu de faire pression sur le gouvernement, afin d’obtenir une aide financière promise à la suite d’importantes inondations dans la région…

 

Gardes Tribus 05 Gardes Tribus 01

Portraits de Cheikh de la région de Saada. "hors de question" de poser pour une photo sans son arme...

 

Notre 4x4 longeait le littoral du Golfe d’Aden dans une chaleur étouffante, et comme tout bon yéménite qui se respecte, Nagy au volant et Nasser son frère, portaient à la ceinture un jambiya. Nagy me demanda si j’avais soif. Il sortit alors son jambiya étincelant de sa gaine en cuir brun, ramassa une bouteille vide en plastic à ses pieds, et la découpa pour faire un verre de fortune. Je me rappelle l’image du poignard fendant le plastique comme une lame de rasoir ! Lorsque je demandai pour plaisanter s’il s’en était déjà servi contre quelqu’un, Nagy répondit qu’il avait dégainé son jambiya une fois, lors d’une rixe avec un homme de sa tribu qui lui avait manqué de respect. Il jugea bon d’ajouter devant mon air stupéfait que le bédouin en question n’était pas mort. Ce qui lui avait évité de se faire faire trancher une main ou pire, par le Cheikh de sa tribu !

   

Souk Al Thal 02

Arrivée au échoppes d'armes du Souk Al Thal...

 

Dans le même registre, Nasser ajouta qu’il avait déjà eu plusieurs fois à tirer au fusil mitrailleur sur des yéménites de tribus rivales, venus lui voler des dromadaires. Mais il ne savait pas dire dans le détail, combien il avait blessé ou tué de personne !... Kalachnikov et jambiya ne sont pas les seules armes que possédaient les deux frères. Ils avaient aussi chez eux des bazookas, et une paire de missiles Sol-Air et Sol-Sol. Je n’obtins qu’un haussement d’épaules et un sourire en coin lorsque je leur demandais à quoi pouvaient bien leur servir ces roquettes !... Mais Nagy et Nasser ne sont pas des cas isolés au Yémen ! Dans les provinces surarmées du Nord, kalachnikovs et grenades se bradent pour quelques dollars dans les souks autour d’un Chaï (thé). Et les chefs de tribu se retrouvent de fait à la tête de véritables armées, qu’ils sont à même de lever du jour au lendemain s’ils le jugent nécessaire...

 

Reportage ecole coranique Yemen Saada 04 Reportage ecole coranique Yemen Saada 05

Reportage ecole coranique Yemen Saada 12 

Omiprésence des Armes dans les tribus du Nord du Yémen. Cérémonie sous haute surveillance sur la frontière Yemeni-Saoudienne...

 

Les Armes au Yémen, quatre fois plus nombreuses que la population…

Le Yémen peut s’enorgueillir d’être la seule « République » de la Péninsule Arabique, et d’avoir un parlement qui constitue une réelle enceinte de débat. Néanmoins, les armes à feu au Yémen, quatre fois plus nombreuses que la population, sont le fruit de traditions ancestrales particulièrement ancrées dans les régions du Nord du pays. De sorte que l’impact des décisions des parlementaires yéménites dans les régions armées du Nord, reste parfois limité. Chaque tribu siège au parlement au prorata de l’importance de sa population. Et il arrive dans ce contexte que des tribus du nord très armées, et peu ou pas représentées au parlement, rentrent en conflit ou kidnappent plus simplement des touristes pour faire entendre leurs revendications. Il faut toutefois relativiser ces kidnappings de touristes très médiatiques, d’une part parce qu’ils restent exceptionnels, une quinzaine de prises d’otages par an. Et d’autre part parce qu’ils ne font que rajouter au folklore d’un pays où l’hospitalité est telle, que jamais un otage libéré, généralement au bout de quelques jours, ne s’est réellement plaint de son séjour forcé…

 

Souk Marib 08 Tribu Al Thal 20

Souk Marib 09 

Autres Souks d'Armes à Marib...

 

Le Yémen, parasité malgré lui par des groupuscules terroristes étrangers…

Il faut cependant distinguer les kidnappings « folkloriques » d’origines tribales et sans conséquences, des événements du début des années 2000 qui ont amené le Yémen sur les devants de la scène du terrorisme international… Une page se tourne en Décembre 1998, lorsqu’un groupe islamiste, dit de « l’armée d'Aden-Abian », enlève seize vacanciers. C’est la première fois qu’un groupe islamiste kidnappe des touristes au Yémen. Cinq membres du groupe islamiste détiennent des passeports britanniques. Et le leader local du groupe, le fils d’Abu Hamza al-Masri, Imam intégriste résidant en Grande-Bretagne, prend directement ses instructions de Londres par téléphone satellite !

 

Souk Al Thal 04

Jeune garçon vendant des munitions devant des échoppes d'armes au souk Al Thal...

 

Habitué en pareil cas à engager des pourparlers pacifiques avec les cheiks des tribus concernées, le gouvernement de Sanaa ne veut cette fois en aucun cas négocier avec un groupe terroriste, qui plus est manipulé de l’extérieur… Quatre touristes mourront pendant l’assaut de l’armée yéménite, froidement exécutés sur ordre du leader local du groupe islamiste. Et malgré les preuves accusant l’Imam Abu Hamza al-Masri d’avoir commandité cet acte terroriste depuis sa résidence de Londres, le Yémen n’obtiendra jamais l’extradition du leader islamiste des pouvoirs britanniques...

 

Souk Al Thal 05

Echoppes d'Armes au Souk Al Thal...

 

C’est toujours le même groupe islamiste dit de « l’armée d'Aden-Abian » que l’on retrouve par la suite à l’origine de deux évènements beaucoup plus médiatisés. L’attentat à l’embarcation piégée contre le bâtiment de l’US Navy, l’USS COLE en Octobre 2000, qui fit 17 morts et 37 blessés américains dans le port d’Aden... Et celui dans les mêmes circonstances, contre le pétrolier français Lindbergh, aux larges du port d’Al Mukalla en Octobre 2002. Notons à l’heure où s’écrivent ces lignes, que l’Imam intégriste Abu Hamza al-Masri, est emprisonné à Londres depuis Mai 2004 pour «appel au meurtre et incitation à la haine raciale». Que la justice américaine a demandé son extradition dans le cadre de la prise d’otage meurtrière décrite plus haut, et que cette extradition n’attend plus que le feu du Bureau Européens des Droits de l’Homme… À suivre !

 

Souk Al Thal 06 Souk Al Thal 07

 Echoppes d'Armes du Souk Al Thal...

 

L’aide intéressée des Etats-Unis, et la gestion difficile de l’après « 11 Septembre »…

Avant 2000, ces petits groupes terroristes manipulés de l’extérieur faisait simplement peser le doute sur la capacité du gouvernement maîtriser sa sécurité intérieure. Depuis l’USS COLE et les évènements du 11 Septembre, ces groupes terroristes se réclamant d’Al-Qaeda ont pris une toute autre dimension ! De sorte que le Président Ali Abdullah Saleh a été amené à signer des accords de coopération pour la lutte anti-terroriste avec les Etats-Unis…

Souk Al Thal 14 

Marchands d'Armes du Souk Al Thal...

 

Durant les « années Bush », les Faucons ont régulièrement soufflé le chaud et le froid au sujet de leur coopération avec le Yémen. Ils exprimaient leur « profonde reconnaissance à M. Saleh pour sa détermination à éradiquer la présence d'Al-Qaeda au Yémen » (Le vice-Président, Dick Chenay). Georges Bush avait même « affirmé la volonté des Etats-Unis d'accorder toute aide au Yémen dans le domaine de la sécurité, et d’inciter les pays donateurs à fournir à Sanaa toute assistance (financière) pour l'aider dans ses projets économiques et de développement et dans sa lutte contre le terrorisme »… Et dans le même temps, les officiels américains appelaient au « maintien de la pression sur les pays douteux qui font semblant de coopérer, comme c'est le cas du Yémen ! » (Le secrétaire d'Etat, Paul Wolfowitz)…

 

Souk Al Thal 13 Souk Al Thal 15

Marchands d'armes du Souk Al Thal...

 

Selon le site Internet du Sénat français, ces commentaires ambigus des officiels américains avaient pour but de faire pression sur les autorités yéménites, afin de s’octroyer les marges de manœuvres les plus larges possibles dans leurs recherches d'Al-Qaeda… De leur côté, la majorité des Cheikhs yéménites voyaient naturellement d’un mauvais œil l’ingérence américaine sur leurs territoires. Lorsque je demandai pourquoi l’USS COLE, un navire de guerre américain, avait choisit Aden en pleine crise du moyen orient pour se ravitailler alors que Djibouti est à peine à deux cent cinquante kilomètres, des Cheikhs me répondirent dans un sourire « qu’il était aussi bien là, à l’endroit le plus stratégique pour maîtriser les débouchés pétroliers de la mer rouge et du golfe arabo-persique… ». Quant aux aides militaires, économiques et politiques qu'ils accordent à Sanaa, il se dit entre Cheiks que les Etats-Unis espèrent en contrepartie acquérir la petite île de Socotra, à quatre cent kilomètres des côtes yéménites. Cette île, à l’écart de populations arabes potentiellement hostiles, serait idéale pour y installer une base aéronavale US du type Diego Garcia dans l'océan Indien. Par l’acquisition de cette île, également convoitée par la Russie et la Chine, les Etats-Unis termineraient d’asseoir leur présence militaire dans cette région stratégique sur l’échiquier mondial du pétrole. Et ils emboîteraient le pas de l’Empire Britannique qui du temps de sa gloire coloniale, avait fait d'Aden l'une des clés de voûte de son contrôle des mers du globe…

 

Souk Al Thal 09 Souk Al Thal 10

Echoppes d'Armes du Souk Al Thal...

 

L’aide américaine est en tout cas bien encombrante pour le Président Ali Abdullah Saleh, qui compte avant tout sur ses amis parmi les Cheikhs locaux pour maintenir l’état de droit dans son pays. Ainsi, avant de nous rendre à Saada, le Cheikh Mohamed a été convié à passer deux longues heures dans la résidence du Président Saleh près de Sanaa. Ils se sont entretenus sur la situation géopolitique tendue au nord du pays avec l’Arabie Saoudite. Cette dernière revendiquerait des territoires au-delà de la frontière yéménite, avec pour objectif les ressources pétrolifères qu’ils regorgent...

 

Souk Al Thal 11 Souk Al Thal 12

Echoppes d'Armes du Souk Al Thal...

 

Abdelaziz commande des fusils mitrailleurs israéliens pour les enfants du Cheikh…

Abdelaziz nous a rejoints. Un mariage va prochainement être célébré dans la tribu, et le Cheikh lui a demandé de commander quatre fusils mitrailleurs de qualité pour ses plus jeunes enfants. Autrement dit, pas de simples kalachnikovs ! Abdelaziz propose de l’accompagner chez un de ses amis, marchand d’armes. En chemin, je lui demande de m’arrêter à un « bureau de change ». Autrement dit, un bédouin assis en tailleur très digne sur un tapis, une kalachnikov posée ostensiblement à ses côtés, et des liasses de billets entassées au tout venant devant lui. Je présente un billet de cent dollars et le yéménite me donne deux grosses liasses de quatre-vingt billets de cent riyals. Je commence par réflexe à compter les billets, mais Abdelaziz m’arrête aussitôt. Je viens maladroitement de vexer son ami qui me dit je peux être assuré du compte ! Je m’excuse auprès du yéménite qui retrouve le sourire.

 

Souk Al Thal 03 

Yémenites venus "faire le plein" de munitions au Souk Al Thal... 

 

Tandis que nous arpentons le souk, paisible en apparence, Les gardes armés ne quittent pas les enfants du Cheikh d’une semelle. Ces bédouins, particulièrement dévoués, donneraient leurs vies pour le Cheikh et sa famille. Pour la plupart originaires de la région, ils sont jeunes, une vingtaine d’années en moyenne, mais ont comme Nagy et Nasser, les nerfs d’acier d’en avoir le double ! Les gardes du Cheikh sont des guerriers, très fiers de leurs traditions. Et certains resteront relativement distants avec moi, jusqu’à ce que j’accepte de participer à un concours de bras de fer et de tir à la kalachnikov, subtilement organisés pour me mettre à l’épreuve.

Tribu Al Thal 18 Enfant Cheikh 05 

Enfants du Cheikh Mohamed Hassan Manna, posant fièrement avec les armes prêtées par les gardes pour la photo...

 

Le jeune Cheikh Nasser, un guerrier martial dans un corps d’enfant…

Les enfants du Cheikh sont eux-mêmes étonnant. C’est le jeune Cheikh Nasser qui me ramènera du Souk. Avant de rentrer au Palais, le jeune Cheikh, dix ans à peine, conduisant debout sur les pédales le gros 4x4 pick-up qui nous amènera dans une propriété agricole annexe au palais. Nous cueillerons quelques concombres et de la grenade, et prendrons le thé au milieu du désert. Une fois rassasiés, un des gardes s’en ira planter un petit couteau de cuisine à une trentaine de mètres, pour nous entraîner au tir...

 

Cheikh Nasser 05

"Le jeune Cheikh, dix ans à peine, conduisant debout sur les pédales le gros 4x4 pick-up qui nous amènera dans une propriété agricole annexe au palais."

 

C’est le jeune Cheikh Nasser, avec l’aide de son oncle lui tendant son bras comme support, qui brisera le premier, en seulement deux tentatives, la fine lame du couteau. Je resterai stupéfait devant l’habilité, et surtout la rigueur de l’enfant, qui avant de redonner la kalachnikov au garde, retirera avec application la balle engagée dans la culasse, la remettra dans le chargeur, et mettra l’arme en position sécurité…

 

Cheikh Nasser 06 

Cheikh Nasser 08 

 "C’est le jeune Cheikh Nasser, avec l’aide de son oncle lui tendant son bras comme support, qui brisera le premier, en seulement deux tentatives, la fine lame du couteau."

 

50 US$ la Kalashnikov, 400 US$ le Bazooka, 10 US$ la grenade…

Le marchand d’armes ami d’Abdelaziz possède une demi-douzaine de gargotes en bois remplies d’armes en tout genre. Abdelaziz lui passe la commande du Cheikh. Son ami lui propose des fusils mitrailleurs israéliens. Il doit en recevoir une demi-douzaine sous une semaine. « Ce sont les meilleurs, et ils sont adaptés aux petites tailles », me dit Abdelaziz ! L’ami d’Abdelaziz nous invite ensuite à boire un thé à l’ombre de ses étalages. « Cinquante dollars la kalachnikov ! », le marchand me propose même dans une boutade de repartir avec un bon vieux bazooka russe à quatre cent dollars pièce ! Malgré leur prix bradé à dix dollars, les grenades elles, ne trouvent pas acheteur. « Elles ne sont faite que pour tuer ! », me dit un des gardes dans une grimace de dégoût... Le marchand fait également un peu de contrefaçon sur certains produits « exotiques ». Il me montre avec fierté la réplique d’un revolver français sortie de ses ateliers. Je lui dis amusé que le « Made in Firancia » gravé sur le revolver, ne pourra tromper que des yéménites !... 

 

Souk Al Thal 16 Souk Al Thal 17

"Le marchand fait également un peu de contrefaçon. Il me montre avec fierté la réplique d’un revolver français. Je lui dis que le « Made in Firancia » ne pourra tromper que des yéménites !..." 

 

Personne ne paraît remarquer le crépitement des armes déchirant régulièrement le calme paisible du souk. « Ce sont des acheteurs qui essaient leurs kalachnikov en tirant des rafales en l’air » me dit le marchand. Sur la devanture d’une échoppe voisine, une inscription résonne comme un slogan publicitaire : « Le Prophète, que Dieu le bénisse, a dit : apprends à tes enfants à nager, à tirer et à monter à cheval »… Sur ces bonnes paroles, nous quittons le souk Al Tahl paré de ma jambiya, faisant enfin de moi un Yéménite digne de ce nom !

 

Souk Al Thal 08 

 

Epilogue :

Le Cheikh Mohamed Hassan Manaa a été assassiné au début des années 2000,ce qui a eu pour effet d’affaiblir le pouvoir et l’influence de la tribu Al Thal sur la région, et de permettre au conflit armé entre le gouvernement et les rebelles Houthis de s’installer durablement dans la région de Saada. Depuis 2004, les troupes du gouvernement yéménite se battent contre environ 15 000 rebelles Houthis. Les Houthis sont des Zaydis qui revendiquent leur adhésion à la forme la plus pure de l’Islam chi’ite. Retranchés dans les montagnes du Nord autour de Saada, sur la frontière de l’Arabie Saoudite, ils se battent pour apporter « la vraie voie » au Yémen, et restaurer l’autorité de l'Imam Zaydi renversé en 1962.

 

Si les bombardiers de l’armée de l’air saoudienne tapissent les zones rebelles Houthis. Si l’armée de l’air et la marine égyptienne transportent des munitions pour l’armée du Yémen avec les encouragements et le financement des Etats-Unis, c’est que les rebelles Houthis sont armés et entraînés par l’Iran. Et parce que les Chi’ites Houthis et le Chi’isme iranien n’ont rien d'autre en commun, sauf l’utilisation par Téhéran des rebelles yéménites comme force armée par procuration (comme le Hezbollah libanais) pour offrir à l’Iran une place forte militaire qui débouche sur la frontière arabe saoudienne et le sud de la Péninsule arabe.

 

Tribu Al Thal 17 Moi

Concours de tir entre le Cheikh Hassan Manna et moi. J'ai atteint ma cible, mais en plus de coup que le Cheikh Hassan...

 

En Avril 2009, le fils cadet du Cheikh Mohamed Hassan Manaa, le Cheikh Hassan Manaa que je connais pour sa sagesse, son courage et sa droiture, a été naturellement nommé préfet de Saada par le président Saleh pour combattre les rebelles Houthis. Depuis, le destin semble s’acharner sur lui. J’ai appris qu’il avait échappé en quelques mois à plusieurs attentats durant lesquels des gardes de la tribu ont perdu la vie pour protéger celle du jeune Cheikh. Fin 2009, sa demeure, le palais où j’ai séjourné, a été bombardé par erreur par des F16 de l’armée américaine… Et début 2010, le Cheikh Hassan Manaa a été destitué de son poste par le président Saleh. Le président du Yémén, furieux, n’a pas accepté que le Cheikh Fares Manaa, le frère ainé du Cheikh Hassan, réputé comme étant le plus grand marchand d’armes du Yémen, se fassent dérober l’équivalent de 20 camions d’armes par les rebelles Houthis dans ses dépôts du souk Al Thal.

 Cheikh Nasser 07 

commentaires

akram 25/11/2014 20:27

bonjour
à nos frères du yemen...
si les terroristes de al qaïda et autres salafistes takfiri..utilisent les terroristes les chebabs de somalie...alors là il faut renvoyer chez eux tous les somaliens chez eux ..je dis tous les somaliens installés au yemen.....paceque ces groupes se mêlent avec leurs populations venues de la somalie...

abd reda 12/11/2014 22:19

mes fréres les houthis que dieu vous donne la victoire sur vos ennemis...que ça soit al qaïda òu n'importe quel terroristes salafistes....il faut les broyer comme on broit le blé...il faut les écraser comme des mouches....ce sont les ennemis de dieu et du prophéte mouhamad et de ahloul bayt que le salut de dieu soit sur eux quand notre imam al mahdi aalayhi salam viendra il exterminera tous les ennemis de ahloul bayt ........la victoire est à vous mes fréres houthis inchaallah..

abd reda 12/11/2014 22:12

les houthis doivent se défendre contre les terroristes de al qaïda...ces rats pourris avec leur chef ce demon s'appelle ayman el zawahri....il faut combattre les terroristes de al qaïda jusqu'à dans leur fief
ne laissez aucun vivant parmi eux à ces sectes hérétiques de al qaïda

jaafar 02/11/2014 19:50

assalamou alaykoum...mes frères du yemen de saada.....vive les houthis..vive ansaroullah...vive abdel malek el houthi
ya aba abdoullah labayka ya imamal hussein sayyed el chouhada......

jaafar 28/10/2014 22:08

les chiites sont un brave peuple qui à toujours été marginalisé...persécuté..spolié..leur droit ont toujours étè usurpé...il faut que ça change..les houthis ont tous leurs droits dans la sociétè yemenite
ils peuvent pas continuer à vivre dans la pauvreté...et le manque de moyen..alors que le pays a des ressouces pétroliféres convoitéés par les al saoud..voisin..
non ça ne peut pas continuer..il faut qu'il y ait un changement pour que les houthis vivre comme tout le monde dans le bonheur et la prospérité..

jaafar 28/10/2014 22:01

il faut preserver les iles socotra...une tres belle ile touristique..et surtout ne jamais ceder ça à aucune puissance ni aux americains ni à personne..socotra est un bien appartenant au peuple yemenite..
et non aux autres pays....les grandes puissances veulent en faire une propriété à eux..il faut refuser carrément et leur dire niet!!!! le yemen appartient aux yemenites..personne n'a le droit de s'ingerer dans ses affaires interieures....ni sur ses terres..

jaafar 28/10/2014 19:29

vive les houthis

ISMAEL 31/03/2015 21:08

COURAGE FRÉRES HOUTHIS....FACE À L'AGRESSION DES AL SAOUD ET DE LEURS SUPPÔTS ESCLAVES LÉCHEURS DES BOTTES DES AL SAOUD
RIPOSTEZ À VOS AGRESSEURS AVEC ENERGIES DÉTRUISEZ LES NE LAISSEZ AUCUN SURVIVANT PARMI EUX....L'AGRESSION SAOUDITE TUE VOS FEMMES ET ENFANTS
ET VIEILLARDS ...DÉTRUISANT VOS MAISONS ET TOUTES LES INFRASTRUCTURES.....À VOUS DE RIPOSTER EN BOMBARDANT L'ARABIE SAOUDITE..DE PLEINS FEUX
BOMBARDEZ LEURS VILLES....LEURS PALAIS.....LEURS MAISONS

vivianesang 28/06/2013 20:00

impressionnant !

JPT 14/06/2015 22:06

LA VICTOIRE À ANSAROULLAH INCHAALLAH

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