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BOLIVIE - Dans l'Enfer Noir des Mines de POTOSI.

par Yves MAILLIERE 5 Juin 2009, 22:48 BOLIVIE

   






Dans l’Enfer Noir des Mines de POTOSI

 

Un indien découvre une « montagne d’argent » qui sera à l’origine d’un génocide…

 

Le mont Potosi...

 

Il était une fois en 1545 un indien de l’altiplano qui part à la recherche de deux de ses lamas perdus dans les montagnes, et qui toujours bredouille à la nuit tombée, allume un feu pour se réchauffer. Quelle ne fût pas la surprise de Diego Hualpa quand sous l’effet de la chaleur, le sol se mit à fondre laissant apparaître un liquide métallique argenté. Diego Hualpa a t-il ensuite extrait lui-même le minerai avec un associé qui aurait donné, après une dispute, l’emplacement du filon aux conquistadores en boulimie de richesses après avoir mis à sac l’empire Incas ? A-t-il plu simplement gardé le silence pour préserver Pachamama, la « Terre Mère », et divulgué la présence du gisement à un aventurier espagnol de l’époque, Centano, lors d’une soirée bien arrosée ? Une seule chose est sûre. Diego Hualpa ne pouvait pas imaginer un seul instant ce que sa découverte allait déclencher : Le génocide de 8 millions d’amérindiens et d’esclaves noirs africains, mangeant et dormant dans les mines sans jamais voir le jour, impitoyablement surexploités par les espagnols, décimés par les maladies, les accidents, et les mauvais traitements, quand ils n’étaient pas simplement exécutés à la moindre rébellion. Un holocauste programmé pour l’exploitation infernale durant trois siècles du mont Potosi, « el Cerro Rico » (la colline riche), qui constitue à ce jour le plus grand gisement d’argent de l’histoire de l’humanité. « Un filon si extraordinaire qu’il aurait suffi à paver une route à deux voies entre Potosi et Madrid » !

 

 

La Casa Moneda, a droite...


L’exploitation «gratuite» du filon permettra à l’Europe d’accoucher du Capitalisme,

Les milliers de tonnes d’argent extraits par an à moindre frais des mines de Potosi et acheminés par voie de mer en Espagne, donneront naissance à la piraterie dans les caraïbes, et permettra à l’Europe en plein essor d’accoucher du Capitalisme ! Au début du 19ème siècle, la moitié de la production mondiale d’argent viendra toujours de Potosi. Le filon géré par les conquistadores fera la grandeur de l’Espagne mais provoquera également sa chute. Car le pays s’endettera tellement auprès de ses voisins en produits manufacturés, que l’argent finira par transiter directement entre Potosi et les grandes capitales européennes.


Potosi...
 

Et donnera naissance à Potosi, la plus grande ville des Amériques au 18ème siècle…

L’exploitation de la montagne d’argent, donnera naissance aussitôt à ses pieds de la ville de Potosi, qui deviendra au 18ème siècle avec ses 160 000 habitants et ses trésors d’architecture baroque, la plus grande ville d’Amérique et la capitale culturelle et religieuse du Continent. Disposant de sa propre école de peinture, Potosi verra naître une cinquantaine d’églises et autant de bordels, dont un français, reconstruit à l’identique avec des « employées » venues de Paris…

 

Quatre siècles et demi plus tard, en 1987, Potosi et ses 4000 m d’altitude qui en font la ville d’importance la plus haute du monde, plus que Lhassa même, ont été déclarés patrimoine naturel et culturel par l’Unesco…

 

En chemin pour les Mines...



Le filon d’argent a disparu mais les mineurs sont restés, et extraient de l’étain…

Le filon d’argent « del Cerro Rico » est quasiment épuisé depuis plus d’un siècle. Mais les mineurs de Potosi qui creusent inlassablement aujourd’hui de père en fils la roche au fond des galeries de la Montagne Rouge, ont troqué l’extraction de l’argent pour celle moins lucrative de l’étain...

 

Le marché aux Mineurs de Potosi...

C’est dans le quartier des mineurs balayé par des bourrasques de vent glacial sous un ciel d’un bleu insolent, que nous avons rendez-vous à l’aube avec Diego, un cousin de Marcos. Nous devons appréhender avec lui le temps d’une journée, l’enfer que continuent de vivre quotidiennement les mineurs de la montagne rouge. Diego et sa famille, tous mineurs de génération en génération, habitent ici dans les bidons villes de Potosi, dont ils terrassent eux-mêmes les égouts le week-end…

 

 

Sur les hauteurs de Potosi...

Nous sommes bien loin ici du faste de Potosi en contre bas, et de sa « Casa Moneda », le plus grand bâtiment colonial des Amériques. Orné du masque de Bacchus, Dieu romain de l’opulence, ce bâtiment aux épais murs de pierres fût édifié pour contrôler à la source la frappe des pièces d’argent marquées d’un « P » comme « Potosi »…

 

 

Les Mines de Potosi...

Les hommes commencent à mâcher de la coca avant de pénétrer dans les mines…

Diego nous emmène avec le vieux 4x4 familial en haut des 4700 mètres du mont Potosi, dominant la région toute entière. En contrebas, la ville s’éveille doucement tandis que des multitudes de mineurs sortent des baraquements et bidonvilles au pied des mines, pour s’engouffrer comme des fourmis par les centaines d’entrées qui mènent aux dix milles galeries qui courent dans les entrailles de la montagne rouge.

 

 

A l'entrée de la Mine...


Du sang de lamas sacrifiés en offrande à Pachamama recouvre l’entrée des mines…

Diego salue des compagnons à l’entrée de la mine, assis à se partager un sac de coca acheté la veille au marché aux mineurs. Les hommes commencent à mâcher les feuilles pour se donner force et courage avant de plonger au cœur de la montagne. Isa reste attendrie devant l’image d’un d’entre eux faisant un nid douillet à un jeune chiot avec sa veste. Sur les contours de l’entrée de la mine, des traces noires de sang séché témoignent du sacrifice récent de plusieurs lamas en offrande à Pachamama, pour implorer la protection des dieux et assurer la rentabilité de la mine. « Les lamas sont drogués et saoulés à l’alcool. Puis on les égorge et on les traîne dans la mine jusqu’à «El Tillo». Et ils servent de festin à la fin de la cérémonie », nous raconte Diego.

 

 

Les femmes ne travaillent pas dans les mines, « Cela porte malheur ! »...

Nous suivons Diego et ses compagnons dans la mine, tandis que de vielles indiennes courbées par le poids des pierres et des années, s’attèlent déjà dehors à trier les petits minéraux dans les caillasses pour quelques bolivianos par jour. « Les femmes sont interdites dans les mines » nous dit Diego, « cela porte malheur ! ». En contrebas, des enfants de 6 ans à peine, présentent différents minéraux sur des étalages de fortune, pour les vendre aux touristes de passage emmenés là par les différentes agences de voyage organisant le « tour des mines ». Dans une demi douzaines d’années, dès qu’ils auront les bras assez forts pour pousser un chariot, ces enfants suivront les traces de leurs pères et de leurs grands pères dans les entrailles fumantes de la montagne rouge.

 


 

Dans les artères de la mine, 45°C par endroits et un air saturé de gaz nocifs…

Nous avançons dans une atmosphère plombée de produits chimiques et de gaz nocifs, le dos courbé dans les galeries, pour ne pas se cogner contre les étais de bois dressés pour certains par les premières générations de mineurs. La température augmente rapidement, passant de 0°C et moins dehors, à près de 45°C par endroits. Nous cheminons dans une obscurité étouffante, les pieds dans de l’eau boueuse le long des rails sur lesquels les mineurs prennent leur élan pour sortir des chariots d’une tonne vers la lumière du jour… Et nous prenons mieux conscience des conditions de souffrance dans lesquelles sont morts ici des centaines de milliers d’esclaves…

 

 



Des chariots d’une tonne de minerais, poussés par des enfants…

Diego nous alerte. Des cris de mineurs et le crissement métallique des roues d’un chariot raisonnent au loin dans la galerie. Diego nous ordonne de nous coller contre à la paroi. Nous coller où ? ! Le couloir fait à peine plus que la largeur des rails et moins d’un mètres et demi de hauteur. Je suis rassuré de voir Isa à l’abri dans un renfoncement et tente désespérément de coller aux parois en m’agrippant à la moindre aspérité dans la roche. J’aperçois les lampes des casques des mineurs, puis leurs visages crispés laissant entrevoir une dentition noircie par la coca. Ce sont des enfants… J’essaie dans l’excitation de prendre une photo et en oublie mon pied qui glisse sur le rail. Le chariot rempli de minerais me roule sur les orteils. La photo des adolescents en plein effort est prise mais à quel prix. J’ai peur d’enlever ma chaussure pour regarder le résultat. Le chariot s’éloigne au pas de course des jeunes mineurs soucieux de ne pas perdre leur élan, et qui engueulent Diego de mieux encadrer ses amis !!!

 

 

De 20-25 ans en moyenne, les mineurs de Potosi dépassent rarement 40 ans…

Les mineurs que nous croisons ont en moyenne une vingtaine d’années. La durée de vie des hommes travaillant avec des moyens archaïques dans l’air étouffant des galeries, dépasse rarement 40 ans, soit 20 à 25 ans après leurs premiers jours à la mine. Quand ils ne meurent pas de la silicose, les mineurs périssent dans les accidents nombreux qui rythment la vie de la mine. « La dynamite, la coca et l’alcool à 96°C ne font pas bon ménage » nous dit Diego dans un sourire. En 1996, nous raconte t-il, à l’époque où les mineurs étaient encore des employés, l’un d’entre eux a atteint l’âge de la retraite et a touché ses 230 $ de pension par an. Il est passé dans le journal car c’était le premier à y être arrivé vivant !!!

 

 

A la faillite des compagnies minières, les mineurs se sont mis à leur compte…

Quand les dernières compagnies minières ont mis la clef sous la porte faute de rentabilité, le coût de l’extraction de l’étain à Potosi dépassant de deux fois celui du court mondial, l’état a laissé le choix aux mineurs de rester sans travail, ou de s’organiser en coopératives privées. La majorité a préféré continuer à travailler, à s’exploiter elle-même sans protection sociale pour un salaire de misère, négociant leur récolte le week-end au plus offrant. « Que pouvions nous faire d’autre ? ! », nous dit Diego. «Mon grand-père était mineur, mon père était mineur, je suis mineur et je le resterai… La mine est notre fierté. Sans elle, nous ne sommes plus rien…». La famille de Diego et quelques autres forment ainsi un groupe d’une quarantaine de mineurs qui pour subsister, progressent chaque jour de quelques centimètres dans les veines de la mine, et sortent une cinquantaine de chariots d’une tonne de minerai par semaine. Le salaire de chacun dépend de la dureté ou le risque de sa tache, celui qui martèle la paroi et manipule la dynamite en bas étant plus payé que celui qui pousse les chariots en haut…

 



Les mineurs saouls, fêtent la fin de la semaine avec "El Tio"
(prononcer "Tillo"), le Diable de la mine…

C’est Vendredi et les mineurs terminent leur semaine de dur labeur comme ils l’ont commencée, en compagnie « d’El Tio », le diable de la mine.

 

Il existe une quarantaine de représentations d’El Tio disséminés à chacun des niveaux de la montagne rouge. Ce sont des statues en céramique à forme humaine d’environ deux mètres cinquante de haut, avec une tête cornue de diable, des bottes de mineurs, et un énorme pénis dressé !

 

El Tio, « l’oncle » en espagnol, c’est « le mec qui en a ! » dans le jargon bolivien. Des mineurs se recueillent à tour de rôle devant lui tête basse, une main sur ses genoux. D’autres lui mettent des cigarettes allumées dans la bouche, lui posent un paquet de feuilles de coca à portée de main, et versent un peu d’alcool à ses pieds pour remercier Pachamama, la Terre-Mère. Diégo en profite pour remettre en place le fœtus de lama posé là pour assurer la fertilité de la mine. Puis tous fêtent ensemble dans des litres de bières la maigre récolte de cette nouvelle semaine de labeur, une semaine heureuse sans accidents ni décès.

 

Je me laisserai tenter à trinquer avec eux leur alcool local à 96°C, et ferai rire tout le monde en leur disant que j’ai l’impression de perdre mes dents !!!

 

Autours d’Isa et moi, le doyen du groupe d’une quarantaine d’années qui mâche sa coca sans discontinuer, parait en avoir vingt de plus, tandis que le plus jeune mineur, un verre de bière à la main, n’a que quatorze ans…

 


 

 

commentaires

bibliothèque municipale 01/12/2010 16:59


On recherche une expo sur ce thème pour le mois d'Avril prochain, pourriez-vous nous prêter vos clichés ?
Merci de nous répondre au plus vite...


02/12/2010 10:55



Bonjour,


Merci de votre intérêt,


merci de me contacter sur mon adresse mail : ymailliere@yahoo.fr



Didier 20/09/2010 02:37


Félicitations pour ce reportage photographique bien documenté.
La variation des angles et des vues sont intéressantes pour bien comprendre la réalité.
Bonne continuation,

Amicalement,

Didier


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