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Roumanie, Reportage, Une Nuit au Château de Dracula.

par Yves MAILLIERE 8 Janvier 2009, 20:05 ROUMANIE

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Une Nuit au château de Dracula.

 

Entre mythe et réalité.

 

(Roumanie – 1992)

 

 

 

Dressées sur un piton rocheux à 400 mètres au-dessus de nos têtes, les ruines du château de Vlad Tepes dominent les gorges formidablement encaissées de la rivière Argès, au cœur de la Valachie Roumaine. Nous arrivons enfin au pays de Dracula... J'avais douze ans lorsque je suis tombé amoureux du film de Roman Polanski, "Le Bal des Vampires". Je suis resté fasciné par ces paysages mystérieux de moyennes montagnes d'où émergent des châteaux envoûtants au cœur d'une forêt dense et mysthérieuse. Et j’ai depuis toujours rêvé de me retrouver un jour ici, au fin fond des Carpates. C’est autour d’une bière avec mon meilleur ami Nicolas que s’est concrétisé le projet de passer une nuit dans le véritable Château de Dracula... L'atmosphère du village d’Arefu, au pied des ruines du château, nous ramène 5 siècles en arrière. Nicolas photographie la forteresse tandis que je vais me renseigner auprès d’un groupe de villageois sur le moyen d'y accéder. Les uns sourient, les autres me dévisagent d'un air tragique en hochant du chef: "Nu e possible!" ("C'est impossible!") me répond-on invariablement. Les paysans solides et trapus du village sont tous coiffés de la traditionnelle "caciola", et portent un épais gilet de peau de mouton. Les femmes restent plus timidement en arrière. Ces robustes roumains sont les dignes descendants des hommes de guerre qui combattirent l'envahisseur turc sous les ordres des Voevods, seigneurs de la guerre, pour sauvegarder la liberté et la dignité que procure la possession de la terre. Cette dignité, les paysans d'ici l'ont conservée en vivant en “pseudo” autarcie au milieu des Carpates, luttant sans cesse contre la rudesse des montagnes, loin du joug des Ceaucescu et des gourvernements qui leurs ont succédé. Les paysans sont bruns à la peau mate ou blonds aux yeux bleus, sans type particulier. En Roumanie, pays latin parmi les pays slaves, il est difficile de se réclamer roumain de pure souche. Ce pays, où Rome envoya au Moyen Age une avant-garde de seigneurs de la guerre, les Voevods, et de guerriers pour enrayer l'expansionnisme musulman, essuya pendant des siècles des vagues successives d'invasions turques, slaves et autres... L’un des paysans m’indique un chemin dans la montagne en arborant un sourire radieux. Je suis son premier touriste. Il me tend une chaleureuse poignée de main où il ne reste que trois doigts…

 

 

 

 

 

« Alors, tu sais comment acceder au château ? » demande Nicolas. « Un des paysans m’a indiqué un chemin. D’après ses mimiques, il va falloir avancer à coup de serpe et escalader une partie ! Mieux vaut se dépêcher si l’on veut y arriver avant la nuit ». « le temps de faire le plein des gourdes et on s’y jette ! ». Nicolas s’en va faire le plein d’eau à un des nombreux puits qui ornent la rue. Une vielle tasse rouillée est fixée au bout d'une chaîne clouée sur les montants du puits. Du temps de Dracula, une coupe en or était simplement posée sur les bords de chaque puits à l'usage des passants. Le joug du Prince Valaque sur ses terres à l'époque était tel, qu'il ne serait venu à l'idée de personne de voler une de ces fameuses coupes!... Je pose mon sac et m'assois fatigué sur le bord du chemin en attendant Nicolas. Le ciel est menaçant. Un chien loup s'approche doucement et se couche juste derrière moi. Je caresse doucement l'animal et me rappelle la première fois que j’ai poussé la porte de l'office du tourisme roumain il y a deux mois à Paris. A peine demandai-je des renseignements sur la Transylvanie que l'hôtesse d'accueil me présentait une photo du château de Bran au dos d'une vieille brochure jaunie, en le désignant comme étant le château de Dracula. Elle revint vite sur ses positions lorsqu'elle s'aperçut que j’e connaissais plus qu’elle sur le sujet... En effet, les Autorités roumaines sont conscientes du bénéfice à tirer du mythe de Dracula. Cependant, créer une infrastructure touristique autour du village d'Arefu là où se dressent les ruines du véritable château de Dracula, aurait coûté trop cher. C'est pourquoi le tourisme roumain a choisi le château de Bran pour rentabiliser l'engouement que suscite le héros de Stoker... En parfait état et situé dans un endroit beaucoup plus pittoresque où réside l'âme historique de la Roumanie, ce château attire bon nombre de touristes venant le visiter en quête de sensations. Le stratagème fonctionne si bien que tous les journalistes qui viennent en Roumanie pour écrire sur Dracula, repartent avec des photos du château de Bran pour illustrer leur article. Nous apprenons que des américains font le voyage par cars entiers en Europe, uniquement pour le photographier. Apres avoir parcouru la moitié du globe, une soixantaine de kilomètres sépare ces malheureux touristes du véritable but de leur voyage... Au Château de Bran, un canadien étonné de croiser deux français, nous a abordé dans la cour du château. Le canadien, écrivain de science-fiction, a fait le voyage jusqu'à Bran pour trouver de l'inspiration. J’ai facilement deviné ce qui avait bien pu l'amener à Bran et n’ai pu m'empêcher de lui conter la véritable histoire de Vlad Dracula, Prince de Valachie. Le canadien est déçu lorsque je lui apprends que le château de Bran n'est pas plus le mien que celui de Dracula. Construit au XIIIème siècle par le chevalier teutonique Dietrich, le "Castel Bran" ne vît la présence de Vlad Tepes qu'une fois tout au plus, et en tant qu'invité de surcroît…


 
Le "FAUX CHÂTEAU DE DRACULA" à BRAN

Vlad Dracula, authentique prince de Roumanie, gouverna la Valachie d'une poigne de fer au XVème siècle, et endossa 500 ans plus tard le rôle plus sinistre de "Comte Dracula, Prince des Vampires": Fils de Vlad Dracul (Vlad "le diable"), Vlad Dracula était Voevod de Valachie, une province de Roumanie au Sud de la Transylvanie. Les Voevods étaient des princes et seigneurs de la guerre qui constituaient l'avant garde de Rome face à l'expansionnisme turque. Dracula marqua l'histoire sous le nom de Vlad Tepes (prononcer tsepesch) dit Vlad l'Empaleur. Bien qu'il n'ait pas inauguré le supplice du pal, on lui attribua ce surnom pour avoir mis une sorte de génie infernal à perfectionner cette torture. Il employait des pieux dont on avait pris soin d'arrondir la pointe. La victime était empalée par un endroit différent selon son rang, son âge et son sexe. Et ce, le plus soigneusement possible pour ne pas gâcher le plaisir de Dracula à assister à l'agonie de l'être gigotant au sommet du pieu planté dans la terre. Il fît empaler, décapiter, dépecer, mutiler, brûler et bouillir vivant des hommes et des femmes par dizaines de milliers lors de ses campagnes hors de Valachie. Il faisait manger aux enfants les seins coupés de leur mère, farcis de leurs entrailles. Sa réputation de fou sanguinaire fut transmise aux quatre coins de l'Europe par les rares qui aient pu échapper à ses exécutions en masse. Les anecdotes foisonnent à son sujet. Il empale sur un coup de tête et épargne pour un bon mot, démontrant son manque total de respect envers la vie humaine. Au-delà de cet aspect “sadico-dément” de sa personnalité, Dracula est un génie militaire gagnant une grande notoriété de ses campagnes contre l'armée du Sultan (l'empire Ottoman vient de prendre Constantinople et fait trembler le monde Occidental par sa puissance). Il déjoue et terrorise une armée turque 1000 fois supérieure en nombre à l'aide de stratégies modernes... De plus, à une époque où les Princes se succèdent, ramassant la couronne dans le sang pour la perdre avec la vie, Vlad Tepes se révèle un homme d'état nationaliste implacable et sans pitié, qui tente de créer une nation dans un environnement en pleine anarchie. Personnage énigmatique, le Voevod Valaque fut à la fois chanté par son peuple comme héros de guerre repoussant l'envahisseur, considéré comme un boucher sadique par les allemands et les russes, et comme un ennemi implacable et sanguinaire par les turcs. Après sa mort, sa sinistre notoriété fut perpétrée par ses ennemis qui, dégustant leur vengeance, le diffamèrent pendant des siècles. Cette réputation arriva jusqu'aux oreilles de l'écrivain anglais Bram Stoker (XIXème), qui fit de ce personnage historique peu ordinaire, le célèbre Comte Dracula, Vampire qui devait devenir plus tard l'un des plus grands mythes de la littérature et du cinéma fantastique...

 

Illustrations de VLAD DRACUL, Prince de Valachie.

 

    

Pour les paysans de la région qui ne connaissent pas le roman de Stoker, Vlad Tepes n'est pas un nosferat (vampire) mais un moroï (mort vivant). Ils pensent que le tremblement de terre qui détruisit le château d’Arefu en 1913 est son œuvre "et que ce jour là, le Voevod dans un terrible sursaut, a tenté d'échapper à la malédiction éternelle que ses crimes font peser sur lui et qui l'empêche de reposer en paix... Le héros sans repos de Stoker hante toujours les lieux et le villageois chargé de les garder ne s'y aventure, après le coucher du soleil, qu'avec son vieux missel usé qui, affirme-t-il, écarte les esprits malins rôdant là-haut... Passer une nuit au château de Dracula est considéré comme un défi à la mort que les plus téméraires osent rarement relever. A Arefu, nous ne connaissons qu'un villageois dont on affirme qu'il est le seul à avoir survécu à cette épreuve..." (Propos recueillis dans l'excellent ouvrage des professeurs américain R.T McNally et roumain R.Florescu: A la recherche de Dracula). Et c’est là que nous passerons la nuit ce soir !


 
BRASSOV, dans les CARPATHES...

Le chien-loup derrière moi se met à grogner. Je me retourne inquiet et le vois à l'arrêt fixant le château en hurlant à la mort. Nicolas stupéfait, regarde l'animal et me jette un coup œil complice en souriant, « Je crois que la nuit là-haut va être spéciale! »...
 Nous remontons les bords de l'Arges. Le lit de la rivière a été bétonné et aménagé pour recevoir les différents débits du barrage quelques kilomètres en amont. Les paysans disent qu'il existait une grotte allant du château jusqu'aux bords de l'Arges. Cette grotte qui permit à Dracula de s'échapper de son château assiégé par les turcs, doit avoir disparu sous des coulées de béton...

 

 
CIMPULUNG, dans les CARPATHES...

Nous commençons l’ascension et croisons comme prévu un petit escalier de pierre grimpant dans la forêt. Au bout d’une centaine de marches entre les arbres, l'escalier se sépare en deux. Nous prenons à droite, le passage de gauche étant barré par une pancarte indiquant "zone militaire interdite!"… Cela fait maintenant une bonne heure que nous gravissons « discrêtement » marche après marche, le chemin tortueux qui doit nous mener au château, quand les ruines apparaissent enfin entre les arbres... 
Nous arrivons quelques minutes plus tard à une vieille passerelle dressée en guise de pont-levis au-dessus de 400 mètres de vide. La passerelle en ruine sort tout droit d’un film d’indiana jones. « Il ne faut pas que l'on s'attarde trop longtemps à découvert si on veut passer la nuit ici tranquille! ». « A toi l'honneur! » répond Nicolas. Nous traversons rapidement la passerelle en prenant appui sur les lattes de bois les plus solides. A quelques mètres de l'antre de Dracula, nous ne pouvons cacher notre satisfaction d'avoir atteint notre but. Nous nous sentons pousser des ailes, posons les sacs et faisons une rapide visite des lieux. C'est comme nous l'espérions! La vue du haut des remparts est vertigineuse. Nous couvrons toute la vallée du regard. La conception de ce château, à la fois difficile d'accès et excellent poste d'observation, démontre tout le génie militaire de Vlad Tepes... Les ruines ont visiblement été rénovées, mais les travaux semblent mystérieusement inachevés...


 

SEANCE DE STOP SUR L'UNIQUE AUTOROUTE DE ROUMANIE DE L'EPOQUE, ENTRE BUCAREST ET PITESTI...

Nous nous activons à installer la tente bien à l'abri dans la cour du château, tandis qu'un corbeau géant et monstrueux campant au sommet du donjon nous surveille tel le gardien des lieux. L'oiseau nous regarde de côté, déploie ses ailes à l'envergure impressionnante, et prend son envol dans un extraordinaire bruit de battement d'air… Nicolas termine de monter la tente pendant que je m'occupe de la corvée de bois. Je dois en amasser suffisamment pour alimenter un feu qui devra brûler jusqu'au matin. « Nicolas, c'est toi qui siffle? », « Non?! ». Je me précipite à l'entrée des ruines. Un militaire s'est engagé sur la passerelle, « On a de la visite! ».

 

Je vais aux devants du soldat et le salue de la main. C'est un jeune roumain d'une vingtaine d'années. Le militaire est étonné de notre présence ici et me demande si je ne suis pas un tzigane d’un ton menaçant ( ?!). Les tziganes sont détestés depuis des siècles en Roumanie. Au temps où les superstitions allaient bon train, ils étaient même considérés comme les amis des nosferats (vampires), accusés notamment de leur donner des renseignements sur leurs ennemis. Je lui montre mon passeport tandis que Nicolad nous rejoint avec son appareil photo... Je suis marqué par la pauvreté et la mauvaise qualité de l’uniforme du jeune militaire. Ses chaussures aux semelles usées jusqu'à la corne, sont d'énormes chaussons en cuir sans lacets, qui se referment sur une grosse paire de chaussettes gris beige. Le jeune militaire est armé d'un fusil semi-automatique de type AKA 47. L’embout de son canon est abîmé. S'il lui venait l'idée de tirer sur quelqu'un, son fusil lui exploserait à la figure! Le jeune homme ne parle pas autre chose que le roumain et nous avons beaucoup de difficultés à nous comprendre. Il fait des tours de garde pour surveiller les alentours de l'installation électrique de l'autre côté de la montagne.Il confirme que nous sommes bien dans les ruines du château de Vlad Tepes. Nous lui donnons un paquet de café et quelques cigarettes américaines que nous avons emmenées pour offrir. Enfin presque, car depuis que nous avons débarqué en Roumanie, Nicolas s'est remis à fumer et "consume" régulièrement nos "offrandes"! Le soldat accepte que nous passions la nuit dans les ruines. Il rajuste son uniforme et "prend la pause" tandis que Nicolas nous cadre dans son appareil…


 

En route pour AREFU, fief du véritable CHÂTEAU DE DRACULA...

La nuit enveloppe peu à peu les ruines de son rideau d'obscurité. Dans la cour du château, le feu danse au rythme des courants d'air et projette nos ombres sur les murs. Comme nous l'espérions, les vents ont chassé les nuages et la pleine lune est au rendez-vous. A l'affût du moindre bruit aux alentours, le seul appel que nous entendons est celui de notre estomac. Et le repas est bien maigre ce soir. Quelques pommes de terre bouilles dans du potage et un peu de pain raci que nous avons pu trouver dans les rares magasins vides, ouverts seulement une heure non pas par jour mais par par semaine dans cette province reculée de Roumanie !

 

 
En route pour AREFU, fief du véritable CHÂTEAU DE DRACULA...

Nous sommes en 1992, trois ans après le renversement des Ceaucescu. Le pays est en pleine misère. Les enfants abandonnés sillonnent les rues de Bucarest. Avant de venir en Roumanie, nous nous doutions de ce que nous allions y trouver. Nous savions qu'avec le projet de passer une nuit au véritable château de Dracula, nous ne serions pas trop d'actualité dans un pays sortant d'une révolution. Et que les roumains au sein d'une nation à la recherche de sa propre identité, auraient certainement d'autres chats à fouetter que de se demander pour nous, s'il existe encore des vampires dans leurs cimetières... Que ce soit en stop, ou chez l’habitant, bien à l’abri des oreilles indiscrêtes, les conversations avec les roumains « de la ville » finissent invariablement un débat sur l'avant et l'après Ceaucescu. Quand on interroge ces roumains « de la ville » sur ce qu'il reste des vampires dans la superstition populaire, ils répondent que « les nosferats (vampires) et les moroïs (morts vivants) n'existent plus. Ceaucescu les a tués en interdisant d'y croire. Mais peut-être y croit-on encore dans les petits villages isolés de montagne, qui ont échappé à la "folle" restructuration des campagnes ordonnée par Ceaucescu... Avant, la Roumanie avait le meilleur niveau de vie des pays de l'Est. Quand Ceaucescu a été au pouvoir, il a voulu faire de nous des robots, des machines à travailler pour lui, sans esprit d'initiative, comme les coréens ou les chinois. Il a rasé les villages, derniers bastions des coutumes, légendes et superstitions, pour nous reloger dans des HLM. Pour détruire notre personnalité, il a détruit notre histoire...".

 
MONASTERES DE BUCOVINE...

 

Trois ans plus tard, la chute tant espérée des Céaucescu laissent un goût amer dans la bouche à bon nombre de roumains que nous avons rencontrés : "Avant, nous savions où allait l'argent. Ceaucescu faisait construire des palais gigantesques et des chantiers démesurés. Aujourd'hui il y a toujours le même argent mais nous ne savons plus où il va... Avant la révolution, le business était entre les mains d'un pôle d'hommes d'affaires. Après la mort de Ceaucescu, le business est resté entre les mêmes mains... Le dictateur est mort mais les loups sont restés!".

 
BUCAREST - LA QUEUE DEVANT UNE BOUCHERIE "VIDE" - ENFANTS ABANDONNES DE LA "GARA DE NORTE"...

En Décembre 89, le journal T.V. annonce sur les estimations de “l'agence Stass”, que les premières journées d'émeutes contre la dictature des Ceaucescu ont fait des dizaines de milliers de victimes! A la fin Décembre, le nouveau pouvoir en place donne le chiffre de 60 000 morts. En Janvier 90, on ne parle plus que de 10000 morts. Les estimations les plus sérieuses décompteront finalement 766 victimes ! A Timisoara, on signale des charniers remplis d'hommes et de femmes torturés et éviscérés par la Securitate. La télévision diffuse en boucle une séquence montrant une trentaine de cadavres sortis de la morgue. Les cicatrices sont celles de l'autopsie mais qu'importe! Sur toutes les chaînes de télévision occidentales, une seule bataille fait rage, celle de l'amplification médiatique ! Alors que les présentateurs des journaux télévisés emportés par la spirale de la course à l'Audimat, annoncent le soulèvement du peuple roumain et fabriquent de l'information avec rien, les présidents Bush et Mitterand exhortent publiquement M. Gorbatchev de ne pas intervenir pour enrayer la chute des Ceaucescu et le retour de la Roumanie à la Démocratie. Mais qu'en est-il réellement ? Nous sommes à la fin de l'année 1989. En Roumanie, Ceaucescu reste inflexible. Reçu le 3 Décembre à Moscou avec les autres chefs d'état du pacte de Varsovie, il insulte Gorbatchev à huis clos, jurant de faire obstacle à la Perestroïka et à la Glasnost... Trois semaines d'émeutes plus tard, sans que la centaine de milliers d'hommes de la Securitate ait levé le petit doigt, Ceaucescu et sa femme sont sommairement exécutés la veille de Noël par l'armée roumaine, après un simulacre de procès. Sur l'ordre de qui? Du général Militaru formé dans les écoles militaires soviétiques, comme la plupart des officiers roumains de sa génération. Et du camarade Ion Iliescu, condisciple de Gorbatchev à l'institut de perfectionnement des cadres de Moscou!  Au lendemain de la chute des Ceaucescu, le pasteur Tekes à l'origine des soulèvements de Timisoara dira en Janvier 90:
"Les structures n'ont pas changé. Les fauves sont toujours parmi nous!"


 
Traversée des Carpathes, lors d'une séance de stop dantesque avec des bûcherons roumains...

 

« La bouffe est prête? Tu en mais un temps pour trois patates bouillies !» demande Nicolas. « Le feu a été anormalement difficile à prendre. Etrange, non? ». « Fais pas chier Yves ! Tu ne me fais pas peur avec tes histoires de vampires. C'est que des conneries!... T'as pas oublié de mettre de l'ail dans le potage au moins ? ». « Tu penses bien! Je l’ai spécialement emmené pour l'occasion! »... Du roman de Stoker aux films qui s'en suivirent, l'ail a toujours éloigné les vampires. Au Moyen Age, les alchimistes faisaient systématiquement brûler de l'arsenic pendant leurs expériences, car les gaz aux propriétés corrosives qui en résultaient, étaient réputés à l'époque pour empêcher la matérialisation des esprits démoniaques. Or ces gaz ont une forte senteur aillée. Et c'est par rapprochement avec l'odeur que les paysans ont attribué à l'ail le pouvoir de repousser les vampires...

 

 
VILLAGE DE BRADETU, A QUELQUES KM DU VERITABLE CHÂTEAU DE DRACULA...

Dégustant notre potage tranquillement au coin du feu, je raconte quelques anecdotes à Nicolas sur la vie de Vlad l'Empaleur. A des ambassadeurs turcs venus le saluer sans ôter leur coiffe, Vlad Tepes leur fait clouer leurs turbans sur le crâne! Il y a aussi l'histoire de ce boyard (seigneur) qui, invité à la table de Dracula au milieu d'une forêt de cadavres empalés, se pince ostensiblement le nez. L'homme à l'odorat trop sensible finira empalé aussi, mais sur un pieu deux fois plus haut que les autres pour ne pas être dérangé par les odeurs!... C'est horrible mais toujours est-il que cela fait bien rire Nicolas... Parmi les dizaines d'anecdotes qui ont traversé les siècles, la plus morbide est certainement celle qui concerne la construction même du château dans lequel nous passons la nuit:

 

                          DERNIERE NUIT DANS LES CARPATHES AVANT L'ASCENSION DU CHÂTEAU DE DRACULA...

Quand Dracula, monté depuis peu sur le trône, apprend que des boyards de son royaume ont assassiné son père d'un coup de couteau, et ont enchaîné puis enterré vivant son frère aîné dont il a toujours admiré la bravoure, "Il jure de châtier si durement les boyards félons que l'on se souviendra jusqu'au jugement dernier de leurs crimes et de sa vengeance...". Rusé et plein de sens pratique, Vlad Tepes organise une immense fête à l'occasion du jour de Pâques et y convie tous ses sujets. Chacun vient festoyer avec ses plus beaux habits, du boyard au simple paysan en passant par les représentants de l'église... A la fin du banquet, les anciens digèrent lourdement, les jeunes dansent et les enfants jouent. Dracula contrairement à son habitude, ne danse pas. Il semble préoccupé et s’en va plusieurs fois converser avec le capitaine de ses gardes... Quand les ombres s'allongent à l'Est et que le soleil se couche, Vlad Tepes donne l'ordre à sa garde de capturer les 300 familles des boyards félons et de leurs proches. Il fait empaler sur-le-champ les plus vieux et les expose tout autour de la ville ! Dans les jours qui suivent, le prince valaque conduit hommes, femmes et enfants jusqu'à Arefu par une marche forcée de 80 km qui tue les plus faibles... Arrivés à destination, il fait besogner les survivants à la construction de son château durant des années jusqu'à ce que mort s'en suive... Par cette "rafle de Pâques", comme elle est appelée dans les chroniques valaques, "Vlad Dracula a magistralement réussi la passe de trois: Il a tiré sa vengeance des boyards, brisé leur puissance, et leur a fait construire le nid d'aigle d'où il continuera de les dominer" (Tiré de l'excellent ouvrage: "A la recherche de Dracula").

 
 
LES GORGES DE L'ARGES DOMINEES PAR LE "NID d'AIGLE" de DRACULA...


Des hurlements de loups surgissant du plus profond de la nuit, mettent fin à nos discussions morbides et nous ramènent à la dure réalité. "Les loups n'attaquent jamais l'homme, sauf parfois à la sortie d'un hiver rigoureux!" nous a dit un étudiant roumain qui nous a pris en stop la veille. « Tu penses qu'on a assez de bois? » demande Nicolas. « Je crois, oui... ». Mais de nouveaux hurlements se font entendre au-dessus des gorges. « La nuit va être longue Yves, il vaut mieux assurer! ». Nicolas nous confectionne aussitôt une torche. Il fait fondre de la cire de bougies dans un gamelle et verse le tout sur un tee-shirt sale qu’il enroule autour d'un rondin de bois vert. Il ne reste plus qu'à l'enflammer. « A toi l'honneur, Yves ! ». Je plonge la torche improvisée dans le feu et nous partons faire le tour des ruines à la lueur des flammes... Dès que nous nous éloignons du campement, un sentiment étrange nous envahit. Le cadre des ruines surplombant les gorges de l'Arges sous la pleine lune est aussi envoûtant qu'oppressant. Il suffit de s'écarter du feu pour ressentir comme une présence autour de nous et nous sentir mal à l'aise... 

 
LE "NID d'AIGLE" de DRACULA...


Nous retournons au campement une fois le stock de bois réapprovisionné. Les langues vont aller bon train demain matin au village, concernant les lueurs mystérieuses observées la veille au soir au château du Voevod ! Nicolas jette la torche dans le feu et nous reprenons la discussion là où nous l'avions laissée, pour ne pas avoir à écouter l'angoissant concert nocturne spécialement joué pour nous ce soir. Dans une ambiance qui s'y prête admirablement bien (ou mal selon le côté de la caméra duquel on se tient!), nous commençons à parler de vampirisme.

 
UNE NUIT DANS LE CHÂTEAU DE DRACULA...

"S'il n'y eut jamais une histoire garantie et prouvée, c'est celle des vampires. Rien n'y manque; rapports officiels, témoignages de personnes de qualité, de chirurgiens, de prêtres, de juges. L'évidence est complète!" Vous n'aurez aucun mal à être d'accord avec Jean-Jacques Rousseau après avoir parcouru les innombrables documents historiques cités ci-dessus, disponibles dans toute bonne bibliothèque qui se respecte... Au chapitre de la hantise des vivants à se préserver du retour des morts, on tirait encore au pistolet au XIXème siècle sur les cadavres douteux, lorsque ces derniers n'étaient pas carrément cloués au plancher de leur cercueil, ou encore écrasés par de "lourdes pierres de cadavres"... Le Vampire : Mort qui selon la superstition populaire sort du tombeau pour sucer le sang des vivants. La littérature en a fait un personnage de légende. Le 7ème Art en a fait un mythe... Mais sortons des mondes enchantés et autres pays imaginaires pour plonger dans l'univers austère et bien réel celui-là, d'un village du XVIIIème siècle perdu au fin fond des Carpates. Cela fait deux nuits de suite que vous êtes réveillé en sursaut par les hurlements de votre voisin. Vous pensez qu'il est arraché de son sommeil par de simples cauchemars, mais lui vous certifie qu'un parent proche mort depuis quelques jours, cherche à le tuer, l'étranglant lorsqu'il commence à s'endormir. La fatigue marque de plus en plus son visage et après une nouvelle nuit d'horreur, il reste alité dans un état de faiblesse extrême. La nouvelle fait le tour du village. Les anciens qui ont déjà été témoins de ce type de phénomènes, vont au chevet du malade. Ils remarquent à la base de son cou une série de taches bleuâtres, ponctuées par deux stigmates sanguinolents. Des marques qu'ils connaissent bien ! La quatrième nuit est paisible mais le lendemain matin, votre voisin ne se réveillera pas ! Les jours suivants, ce sont les fils du voisin qui sont atteints des mêmes symptômes de langueurs et d'hallucinations. Mais le phénomène ne tarde pas s'étendre au-delà de l'enclos familial. Les langues se délient et les villageois grondent. Des rumeurs de "moroï" et de "nosferat" arrivent jusqu'aux oreilles de l'Empereur qui dépêche immédiatement sur place, ses officiers et ses juges les plus sceptiques. Il faut régler l'affaire au plus vite car au siècle des grands philosophes, ces "superstitions campagnardes" font désordre et dérangent la Cour.

Au village, les morts se succèdent devant des médecins impuissants à détecter la moindre contagion. Les officiers ne contiennent plus la population qui décide d'exhumer le corps du parent proche suspecté de vampirisme. Une fois la tombe ouverte, tous constatent avec stupéfaction que le corps de l'homme est intact et ne dégage aucune odeur. Son visage est celui d'un homme qui vient de rendre son dernier souffle et pourtant, cela fait déjà plusieurs mois qu'il est enterré là! Ses membres sont souples et sa peau a gardé son élasticité. Dans son linceul souillé de sang frais, il semble vous regarder alors que sa veuve jure l'avoir inhumé les yeux fermés. Les officiers déconcertés mais circonspects, font ouvrir les autres tombes du cimetière afin de tenter d'élucider le phénomène. Chaque exhumation s'accompagne du spectacle macabre d'un corps en état plus ou moins avancé de décomposition, que l'enterrement ait eu lieu une semaine ou six mois plus tôt. Mais fait nouveau extraordinaire: Seules les "victimes du vampire" présentent un parfait état de conservation! Les villageois préparent en hâte un bûcher. Et c'est devant des juges et des officiers désorientés, que le bourreau transperce le cœur et coupe la tête des nosferats, seule méthode pour tuer les vampires et arrêter les morts en cascade... Des histoires similaires à celles-ci se sont déroulées partout en Europe et ont été rapportées par de nombreux procès verbaux. Les Vampires existent-ils? Il appartient à chacun d'interpréter les faits à sa convenance. Comme qui dirait, je ne crois pas aux fantômes mais j'avoue qu'ils me font peur !

 


Nicolas fixe le feu en s'amusant à remuer pensif les braises avec son bout de bois. Au creux de cette nuit fraîche du mois d'Avril 1992, le temps s'écoule peu à peu et nous rapproche inéxorablement de l'aurore. Nous nous sentons complètement envoûtés par l'ambiance sinistre qui règne dans les ruines, sans toutefois avoir peur. Même si nous ne faisons pas les malins dès lors que nous nous éloignons du feu, la tendance est plutôt à la rigolade. D'autant que nous avons sérieusement attaqué une fiole de gnôle savoyarde que Nicolas a spécialement emmené pour l'occasion... "Et alors, c'est tout? Il n'est rien arrivé d'extraordinaire au château?". Pas tout à fait. Tout au long de la soirée et de la nuit se sont produits d'étranges phénomènes. Comme cette grande et large pierre plate en forme de crucifix sortie de nulle part et "posée" à notre insu en équilibre sur la tranche, juste devant le feu ! Avec Nicolas, nous parlons encore aujourd'hui de cet avertissement sans frais sur le ton de la plaisanterie, faute de savoir qu'en penser! Je pourrais bien sûr décrire en détail tout ce qui s'est passé mais j'ai peur d'entrer dans de vaines polémiques à tenter de vous convaincre de choses qu'il faut nécessairement avoir vécues pour les croire... Et puis j'aimerai aussi garder une part de mystère pour ne pas rompre le charme de votre imagination, et vous inciter à vous offrir aussi un jour votre nuit dans le château de Dracula...


 

 

FIN

 

 

 

 

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commentaires

seb 18/05/2014 08:20

Superbe récit !!!!!
Je me permet de vous contacter, car je pars en Roumanie au mois d'aout, et je voudrais justement rejoindre cette citadelle.
Je vous remercie pour les informations géographiques précises, mas je voudrais savoir si vous pourriez m'en dire plus.
Cordialement !
Seb

Yves 30/07/2014 09:41

Je l'ai effectivement fait dans le reportage en 1992, il y a 22 ans...

Mike 30/07/2014 00:49

Je reviens du chateau. Mon but était, comme les auteurs de l'article, d'y passer une nuit mais... c'est devenu tellement touristique :-(
L'endroit a perdu de son mystère, de sa puissance. Je ne voyais plus l'intérêt de le faire. Comme j'ai dit à l'ami avec qui
je suis parti pour le faire: "c'est il y a vingt ans qu'il fallait fare çà; çà n'a plus de sens maintenant".

Enfin, tu verras par toi-même...

fantauzzi 02/01/2014 12:37

le chateau appartient au compte et a persone d'autre !!!!!! et a ses décendant !!!!!
les ténèbres reprendrons leur bien !!!!!

laura 04/05/2014 14:32

J'ai beaucoup aimer lire cette expérience , tous est très bien expliquer , avec les photos ..
Moi aussi j'aimerai beaucoup aller en Roumanie et dormir dans le château de Dracula , et lire cette expérience ma donne encore plus envie.
On verra bien si le futur me réserve cette expérience a moi aussi .

fantauzzi 01/01/2014 17:18

fin jamais !!! tout a une suite !!!!!!!

Yves Mailliere 01/01/2014 17:20

Tout à fait ! Mais ce n'est pas moi qui l'écrirait :)

marielou 13/08/2012 08:31

jai bien aimer lire cette experience . merci .

Yves Mailliere 20/05/2013 00:17

Tout le plaisir est pour moi. Merci pour le mesage.

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